Le Musée Théodore Monod co-organise une UNIVERSITÉ D’ETÉ / SUMMER SCHOOL

UNIVERSITÉ D’ETÉ / SUMMER SCHOOL

Musée Théodore Monod d’art africain de l’IFAN/ Ch. A. Diop

1, Place Soweto BP 206, Dakar

Du 04 au 08 mars 2019. De 9H à 17h.

Toutes les séances sont ouvertes au public

Arts visuels contemporains et anthropologie: les arts du Grand Sud et la redéfinition des musées ethnographiques en Europe et aux États-Unis

Contemporary visual arts and anthropology: art from the Global South and the redefinition of ethnographic museums in Europe and the United States

Project directors

-Brigitte Reinwald, Full Professor, Center for Transatlantic Studies, Leibniz University Hannover

-El Hadji Malick Ndiaye, Chargé de Recherche, IFAN Ch. A. Diop. Université Cheikh Anta Diop / Musée Théodore Monod, Dakar

-Sterlin Ulysse, Maître de Conférences, Institut d'Histoire de l'Art / Université d'État d'Haiti

-Christoph Singler, Full Professor, Université Bourgogne-Franche-Comté, CRIT (Centre for Intercultural and Transdisciplinary Studies)

Le projet envisage le statut de l'art contemporain au sein des musées ethnographiques en pleine mutation, considérant que c'est à partir de ce statut qu'on peut réfléchir aux lacunes actuelles et aux perspectives d'une collaboration plus intense entre l'histoire de l'art et anthropologie. Il s'agira de repenser les stratégies mises en place par les musées ethnographiques européens se définissant désormais en tant que "musées des cultures du monde" afin d'intégrer les arts visuels contemporains dans leurs dispositifs.

l'époque de l'émergence de l'ethnographie, science accompagnant la formation des empires coloniaux au 19e siècle, les arts dits "primitifs" ou "tribaux" des "peuples de la nature" (terme allemand particulièrement significatif) commencèrent à être collectionnés à titre de témoins de la culture matérielle et/ou spirituelle des peuples non occidentaux. L'anthropologie n'a pas seulement effectué les premières descriptions et classifications des objets ainsi réunis et exposés selon leur provenance - l'aire culturelle, territoire du groupe ethnique respectif – et leurs fonctions sociales (cultuelles, etc.). Les anthropologues ont également formulé très tôt des théories de l'art (depuis Franz Boas jusqu'à Philippe Descola en France), non sans avoir pesé sur les premières tentatives en histoire de l'art d'intégrer les connaissances accumulées par leur discipline (voir Wilhelm Worringer et récemment David Freedberg et Hans Belting).

Depuis quelques années, il semble que l'anthropologie et l'histoire de l'art soient entrées dans une phase de tension productive – l'ouverture du Musée Branly en a été le signe en France – du fait, paradoxalement, du décloisonnement des disciplines, l'anthropologie commençant à empiéter sur le terrain de l'histoire de l'art, et l'histoire de l'art questionnant, à son tour - sous l'impulsion de la recherche anthropologique (Sally Price; Susan Vogel, parmi d'autres) - les critères esthétiques occidentaux, en porte à faux devant des objets et pratiques répondant à des logiques qui parfois leur échappent.

Le débat sur le rôle de l'anthropologie dans le monde contemporain est en train de modifier de fond en comble les scénographies des musées ethnographiques, conduisant ceux-ci à exposer jusqu'à l'autoréflexion des sciences et pratiques associées à leur constitution et historicité même (James Clifford, Bruno Latour, parmi bien d'autres), et à développer les recherches de provenance, domaine qu'ils partagent avec l'histoire de l'art. En même temps, ils se repositionnent face à de nouveaux publics – diasporas originaires des pays producteurs des objets qu'ils exposent – en intégrant de plus en plus l'art contemporain pratiqué dans ce qu'on peut appeler actuellement le "Sud globalisé" ou dans ces mêmes diasporas. Non seulement les musées ethnographiques redéfinissent leurs missions et leurs publics respectifs, il existe aussi un processus de formation de nouveaux espaces – Haus der Kulturen der Welt à Berlin, le Musée des Cultures du Monde de Göteborg parmi d'autres – spécifiquement consacrés aux arts visuels, multimédias, performances produits par des artistes issus du Grand Sud, définissant un "secteur" – aux contours certes diffus - au sein d'un monde de l'art désormais globalisé.

This project addresses the status of contemporary art in ethnographic museums, which are undergoing a notable process of reorganization. The project is based on the assumption that the status of contemporary art in ethnographic museums allows for reflection on current blank spots in and the future potential for collaboration between art history and anthropology. Strategic moves of rebranding undertaken by European ethnographic museums, now presenting themselves as “museums of cultures of the world” and including contemporary visual arts into their collections, are at the center of the questions raised by the project.

The emergence of ethnography went hand in hand with the formation of 19th century colonial empires. So called “primitive” or “tribal” art by Naturvölker (nations of nature, a particularly telling German term) began to enter collections as examples of the material and/or spiritual cultures of non-western populations. Anthropology was not just responsible for initial descriptions and classifications of the objects thus assembled and exhibited according to their geographical origins – the cultural realm or territory of the ethnic group in question – and their social functions (cults, etc.). Anthropologists also were quick to establish theories of art (from Franz Boas to Philippe Descola in France), not without critical glances at the first attempts of art history to integrate the knowledge accumulated in their discipline (see Wilhelm Worringer and recently David Freedberg and Hans Belting).

For a couple of years now, it seems that anthropology and art history have entered a phase of productive tension (the inauguration of Musée Branly is a case in point for France). Paradoxically, this has arisen from the lifting of barriers between the disciplines, with anthropology stepping onto the terrain of art history and art history questioning – inspired by anthropological research (Sally Price; Susan Vogel, among others) – western aesthetical categories which fail to grasp objects and practices arising from types of logic that sometimes escape them.

The debate concerning the role of anthropology in the contemporary world is provoking fundamental changes in the representations which ethnographical museums are offering to the public. Their exhibitions have been led to include self-reflexive explanations of the sciences and practices linked to their coming-into-being and their own historicity (James Clifford, Bruno Latour, among others). It has also led to a new focus on provenance, a field they share with art history. Simultaneously, they are repositioning themselves in the face of a new public – diasporas stemming from the very countries from which objects on display originate– and are integrating increasing amounts of contemporary art from what has come to be known as the “Global South” or its diasporas. Not only have ethnographic museums redefined their roles and their respective publics, new spaces – specifically addressing visual arts, multimedia, performance by artists from the Global South – are establishing themselves as well (Haus der Kulturen der Welt in Berlin, the Museum of the Cultures of the World in Goteborg, among others). Despite its murky delimitations, this has led to a new “sector” within today’s globalized world of art.