Projet de vie ou vie projetée : Aminata Diaw, la Philosophe du dedans et du dehors

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Aminata, partie, tu nous as offert mille et un trésors ; un legs plein de sens et de signifiance. Des Biens précieux, le sourire, le rire, l’éclat de rire et la connaissance docte dont se servent les grands Hommes pour construire des mondes sensés.
Ton absence, entre nous, n’est pas une disparition en nous et pour nous. Elle nous a appris à mieux comprendre la signification de la Présence, de ta présence utilement.
En choisissant cette voie, et par ta voix, la chance divine t’a sourie et, ainsi, deviens-tu, par l’ordre et par la force des choses, le symbole de l’Absence-Présence.
En prenant la route de l’éternité, la Faucheuse, effrayée, n’a pas eu les moyens de te mettre la main dessus. Car, par ton sens de la responsabilité, tu es emmenée à t’octroyer l’aire de la Vie.
Épouse digne, mère de famille responsable, amie de l’Afrique et du monde, savante attitrée...
De ton refuge, en m’entendant, tu m’as soufflé dans le cœur que la béatitude, en t’envahissant, t’a couverte de bonheur.
Comblée de joie, tu dois être !
Par ton départ inattendu, au Pays des éternels, le Sénégal, tout le Sénégal, s’est ému.
« Le couloir de la mort » que tu quittais, quotidiennement, pour l’université Cheikh Anta Diop et pour le CODESRIA, devient la « route de la vie » possédée.
Collègues, disciples, hommes de Dieu, diplomates, politiques, amis de cœurs et d’esprit, voisins d’hier et d’aujourd’hui, familiers et inconnus, personnes âgées, hommes, femmes, enfants, lettrés ou illettrés, se sont dirigés vers cette demeure que ton cœur élégant a rendu merveilleux.
Une seule expression est à l’ordre du jour, ces jours ; celle qui vient de nous quitter est une grande dame.
Que peut-on dire de plus profond, aux yeux des créatures de raison ?
Ta famille, la famille, a surpris le monde. En refusant de perdre l’honneur face à une perte aussi douloureuse, en chœur, leurs cœurs domestiqués, humainement, ont promis de ne pas te pleurer tel que le méritent les morts. Elle a chanté, sans tambour, ni trompette, à l’unisson, dans un silence, ta grandeur inestimable.
Et pourtant, des amis non humains t’ont pleurée, à leur manière. Je les ai entendus aboyer, pendant des heures et des heures, des jours durant, en signe d’adieu, très certainement, pour l’espace de rencontre des étants s’éternisant. Mais cela, il fallait, comme disait Rimbaud, « entendre l’inouï » pour le percevoir.
Ton sourire de tous les jours ne s’efface pas ; il reste, plus que jamais, gravé au cœur du miroir universel, intarissable.
Sourire de l’invite au partage, il signe, désormais, ta présence ineffable.
En songeant aux vers de Birago Diop, le doute peut, ainsi impuissant, être déjoué. Et, en Africains, nous convenons que tu n’es plus mais tu existes définitivement dans l’Hadès, au « village-sous-la-terre », au paradis ; ces ailleurs absolus qui fondent l’ici.
Les belles pages que ta plume savante nous a servies sont fixées, mémorisées, sauvées, sauvegardées dans le cerveau des êtres et dans les fibres des machines « intelligentes ». Elles seront transmises à la postérité qui, en ne se lassant pas de te lire, se laissera, inévitablement, bercer par la toute-puissance de ton verbe autorisé.
Philosophe, artiste, poète, littéraire, sociologue, anthropologue, historienne, femme de culture, comme tu étais, la « mauvaiseté » de l’homme corrompu n’a pas eu le temps de s’installer en toi.
Utile, intellectuelle accomplie, tu les as été, Aminata, la Nation, en deuil, te décerne la médaille de la bonté et de la palme académique.
Lamine Ndiaye
FLSH/Sociologie