Cheikh Anta Diop, 31 ans après

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7 février 1986 – 7 février 2017, voilà 31 ans que disparaissait Cheikh Anta Diop. Cet historien, anthropologue, mais aussi homme de sciences, a, grâce à ses travaux de recherche pluridisciplinaires, restitué à l’Afrique son histoire, rompant avec la vision coloniale selon laquelle les Africains étaient des peuples sans passé. Cheikh Anta Diop a consacré toute sa vie à tenter de faire briller le flambeau de l’Afrique et des Africains face à la domination occidentale.
Né en 1923 à Ceytou, dans la région de Diourbel, Cheikh Anta Diop a grandi à Dakar. Il a fait des études secondaires brillantes sanctionnées par deux baccalauréats, l’un de mathématiques et l’autre de philosophie. Il débarque à Paris en 1946 et poursuit ses recherches en sciences exactes et sciences humaines et appliquées. Il suit en particulier les cours de philosophie de Gaston Bachelard et se spécialise en physique nucléaire au laboratoire de chimie nucléaire au Collège de France, sous la direction de Frédéric Joliot-Curie. Parallèlement à ses études, Cheikh Anta Diop fonde à Paris l’Association des Etudiants Africains, et participe aux réunions politiques où fermentent les idées-pré indépendantistes. Sa thèse de doctorat ès Lettres, soutenue en 1954 à la Sorbonne, plus tard publiée sous le titre Nations nègres et Culture, de l’antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique noire d’aujourd’hui, fait débat, dérange le jury français. Même si finalement Cheikh Anta Diop obtiendra son doctorat, il est contesté. En démontrant que la première civilisation que l’Humanité ait connue est négro-africaine, il bouleverse les paramètres historiques et culturels.
De retour à Dakar en 1960, Cheikh Anta Diop fonde un laboratoire de datation par le Carbonne 14, où il travaillera sans relâche, jusqu’à la fin de sa vie en 1986, à prouver ce qu’il avance, poursuivant aussi ses recherches linguistiques sur les langues africaines, particulièrement le wolof. Il trouve des correspondances entre le wolof et l’égyptien ancien qui corroborent sa thèse.
Tout en publiant une série d’essais tout autant scientifiques qu’engagés, Cheikh Anta Diop s’affirme comme opposant à Léopold Sédar Senghor dès 1961, avec la création du parti BMS, Bloc des Masses Sénégalaises. Un engagement qui va lui valoir un mois de prison à Diourbel.
Membre du comité scientifique international pour la rédaction de l’Histoire générale de l’Afrique, qui comprendra huit volumes, Cheikh Anta Diop commence à enseigner en 1981, comme professeur d’histoire associé à la Faculté ès Lettres et Sciences humaines de l’université Dakar qui porte désormais son nom.
Savant connu et reconnu, l’homme fait partie des rares intellectuels et chercheurs africains à avoir très tôt montré la voie de l’émergence d’un continent. En effet, l’un des combats phare de Cheikh Anta Diop fut le plaidoyer panafricaniste pour l’unification de l’Afrique en un seul pays.
31 ans après sa disparition, Cheikh Anta Diop reste plus que jamais présent dans l’esprit de beaucoup d’Africains. Au Sénégal, les œuvres du « Pharaon » seront dans les manuels scolaires à partir de 2018. Chaque année, à la date anniversaire de la mort de Cheikh Anta, un pèlerinage est organisé à Ceytou, pour se recueillir sur la tombe de cet homme multidimensionnel.